dimanche, janvier 14, 2007

Araki, la vie, la mort...

Aujourd'hui se termine l'exposition sur le photographe japonais Nobuyoshi Araki, au Musée de la Photographie situé à Mont-sur-Marchienne (juste à côté de Charleroi, pour ceux que la géographie belge effraie ;-)).
J'ai traîné, il est vrai, pour aller y passer ma curiosité, même si l'événement avait des échos d'exceptionnel. Les médias en ont parlé, les vagues produites par l'affiche de l'exposition (lancés de cocktails Molotov, débats publics, etc.) ayant mis un temps fou à s'estomper. Très utile pour notre "petit" musée local qui n'a, hélàs, pas la chance d'être situé dans une région à réputation culturelle. Et pourtant, il ne manque ni de charme ni d'audace, visiblement.
Mais Araki, qu'en dit-on? Maître de la provocation et de l'anti-conformisme? Pourfendeur avéré de la censure? Bien bien...
Il n'en est, en tout cas, pas le précurseur.
Suite aux débats lancés, je n'avais ni l'envie, ni les moyens de me placer d'un côté ou de l'autre de la barre censoriale. Ou peut-être... "censorielle". Faut-il tout accepter de l'art contemporain ou reconnaître que banaliser certains sujets sous prétexte d'anti-censure, est tout de même un danger? J'aurais tendance à pencher vers cette seconde option, à partir du moment où cet art est "imposé", comme il l'a été à Mont s/ marchienne, et ce, à des yeux pas forcément capables de l'appréhender...
Maintenant, j'ai vu. La vie, la mort, selon Araki. J'ai vu le "Grand Photographe". Mais... puis-je l'avouer? J'ai été déçue. Oui, il y a l'art de l'extrême. Le sexe dévoilé, morbide parfois. Il y a la passion de l'outrance. Mais il y a aussi une inégalité flagrante dans la qualité de cet art... Et, peut-être est-ce dû à une erreur du directeur d'exposition, un écoeurement né de l'excès. Une femme ligotée, soit... des dizaines de femmes, ça en devient littéralement lassant. Seins écrasés, jambes écartées, suspensions grotesques,... (si j'y avais mieux regardé, j'en serais presque devenue une experte en bondage ;-)). Oui, on peut atteindre la grâce... parfois. Mais j'en attribue davantage le mérite au modèle.
Photos du quotidien de Tokyo pas forcément créatives, photos de Tokyo la nuit, dans sa tournée des bordels ("L'obscénité est le piment qui nous permet de jouir de la vie", dixit le bonhomme). Images de nourriture sans le moindre attrait, des fleurs dont le seul intérêt artistique est d'avoir été peintes par Araki (photos réussies mais... en quoi créent-elles la magie?). Et puis, j'oubliais, le Minou du Maître. "La" star au milieu de toutes ces madames sans un bout de tissu et, qu'on me punisse si je suis cynique, qui n'est rien d'autre qu'un chat parmi les chats, qu'on aurait pu voir encadré dans la cuisine de Grand-Mère (qui aurait pris la photo elle-même, bien sûr!).
Et pourtant, voilà que je me surprends à épingler sur ce message quelques unes des photos m'ayant touchée lors de cette expo. Elles sont bien foutues, ces photos, de quoi je me plains?? C'est vrai, il y a un regard, là. Mais quelques unes entre mille, ce n'est pas suffisant pour l'encenser quand tant d'autres l'égalent ou le dépassent.

2 commentaires:

Eral a dit…

J'ai aussi visité l'expo la dernière semaine. Ne connaissant Araki que pour ses photos érotiques et ses fleurs en gros plan, j'ai plutôt trouvé qu'il n'y avait pas exagérément de photos de nus. Le directeur n'a pas joué à fond la carte de la provoc', ce qui aurait été réducteur.
J'ai par contre trouvé qu'il y avait de beaux portraits féminins, sensibles et tout: la femme n’est pas envisagée que sous le seul aspect fantasmatique.
Je ne pense pas non plus qu’Araki soit un précurseur en la matière même s’il a abondamment (trop?) photographié la femme bondagée, qui est devenue sa marque de fabrique. Voir dans le genre "érotique" des assemblages plus travaillés sur : www.pierreradisic.com

Les comparaisons entre les rues vides de Tokyo et la nudité sont intéressantes mais le procédé m’a semblé un peu gratuit. Mais faut voir dans quel contexte (le Japon d’après guerre) et quel but cela a été fait.
Je n'ai bien sûr pas trouvé la poésie ni l'humanité des photos de Doisneau, Ronis etc. Et j'ai aussi trouvé le chat récurrent sympa (comme un projection du photographe, son côté pépère peut-être), mais sans plus. Au final mon impression générale est bonne.
Je suis d’accord avec toi pour dire que sa réputation est un peu surfaite et que d’autres photographes l’égalent ou le dépassent.

Virginie a dit…

Merci pour ton commentaire, Eral. Je crois aussi que tout est peut-être question d'état d'esprit au moment de la visite. Ou de perception individuelle. :-)