"La Fille Tatouée", Joyce Carol OATES
A Philip Roth...

Joshua Seigl est de ces professeurs d’université dont l’aura de tête pensante se déroule avant et après lui comme un tapis rouge. Auteur d’un roman célèbre, il vit sans se soucier du coût des choses, ni de leur valeur tant qu’elles ne sont pas une attache. Joshua Seigl aime être seul dans sa bulle de connaissances. Joshua Seigl n’a plus rien écrit qui dépasse son roman « Les Ombres », inspiré d’un passé juif dont il ne se sent pas complètement parent. Il est juif, mais pas un juif de l’Holocauste, il fait juste parler l’Histoire. Il entreprend une traduction de Virgile, il travaille, seul. Mais Joshua Seigl est malade. A trente-huit ans, la vie lui réserve une de ces maladies neurologiques dégénératives qui amenuisent le corps sans lui expliquer pourquoi. Il lui faut un assistant. Beaucoup de candidats, aucun élu.
Et puis, il y a cette fille. Cette Fille Tatouée à l’étrange tache sur le visage. Cette femme femelle, primitive et sensuelle, qui regarde le monde comme avec cet air de chien battu qu’elle est. Chien battu mais hargneux.
Il l’engage, elle fera le tri dans son ménage, cette grande maison inexploitée, cette grande vie inexploitée. Joshua Seigl tente de l’apprivoiser, mais Alma, la fille, n’est pas ce qu’il croit…
Deux mondes qui ne savent pas se comprendre, un crescendo de violence larvée, de haine, d’amour, une douleur constante. Ce roman est vite bouleversant, écrit brillamment, sans condescendance et encore moins complaisance, la plume de Oates est formidable de franchise, de pudique impudeur. Dépeindre l’Amérique au vitriol est très à la mode parmi son cercle d’intellectuels, certes. Wolfe, Roth, Oates sont là pour mettre un point d’honneur à ce sujet. Mais s’y prendre sans rictus méprisant, seulement avec un sourire triste ou un regard sincère donne toute sa qualité à un livre. Un livre comme « La fille tatouée ».
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