mardi, octobre 03, 2006

"Babylone sous les bombes", de Stéphane MARIESTÉ

28 jours, faites la guerre d’amour
Le narrateur voudrait être écrivain, aimer les mots jusqu’au roman, et le libérer au vent. Mais en attendant, il écrit « Ceci ». Il s’écrit, écrit la guerre contre « L’Infamie », écrit l’amour, écrit la vie dans sa frénésie, ses odeurs, sa beauté, sa saveur, sa complexe simplicité. En trois fronts.

Front numéro un
En Infamie, les Alliés vont se chercher une raison de faire la guerre. Il y a les morts, les médias, les théories, la pratique sanglante, il y a George Black et Jo White, il y a… la guerre, oui. Qu’on suit parce qu’omniprésente, parce qu’elle commence lorsque la radio ou la télévision s’allument.

Front numéro deux
Chez les non-Alignés, on s’interroge, on métaphysique, on regarde la vie et la guerre sous un angle obtus. « Je suis né en Egoïsme, comme d’autres naissent en Infamie, en Pauvreté ou en Horreur. J’ai eu de la chance mais je l’oublie souvent, comme beaucoup je suppose. »

Front numéro trois
Le plus beau des fronts. Celui où s’accroche, mine de rien, un sourcil à l’accent circonflexe. Celui de Babylone, la voisine, très probablement d’origine Infâme… « Je pensais : j’ai une fille dans les bras de ma tête, et peut-être, ce serait bien pour commencer, de l’inviter à déjeuner. » L’amour ? Non, sans blague…

Et puis il y a aussi Zoran, le collègue muet ; Toine, le cafetier qui se fait payer en mots. Les histoires s’inventent, la vie se fictionne, si bien, si joliment, dans ce roman…

On lui chercherait bien des faiblesses à « Babylone… », qui commence en s’encombrant peut-être d’un peu trop d’images, où l’auteur joue des mots comme le narrateur aime le faire mais ça, c’est sans doute parce qu’il le dit lui-même : « les mots ont des limites ». Et que dire la vie comme elle est belle, parfois, c’est difficile… Et d’un coup, à cette idée, on s’aperçoit que ces faiblesses sont en réalité une force…

Parce que la vie, on la ressent, à plein cœur. Parce qu’elle dégouline des pages, parce que ce roman sent bon la sincérité, parce qu’il touche, parce qu’on a beau « lutter » contre, parfois, subitement, à l’intérieur, les barricades flanchent et la guerre, on la perd. Incontestablement.

Qu’il est bon de s’étonner, de se faire surprendre, de se laisser séduire par les mots (l’écriture n’est-elle pas, au fond, une histoire de séduction ?), de se sentir plein d’émotions vraies. Il est bon de lire cet amour des mots, cet amour du monde, il est bon de lire cet amour tout court. Il est bon de ne pas se sentir lecteur trahi…

Il est si bon de lire « Babylone sous les bombes ».

2 commentaires:

Kilis Leruth a dit…

Le goût des mots.

« Babylone sous les bombes », c’est un roman, un beau roman, mais c’est avant tout une écriture. Du genre de celles qui vous emportent tellement que de la destination on s’en fout. Car l’important ici, c’est le voyage. On voudrait qu’il ne s’arrête jamais.
On dit qu’un roman se dévore. Celui-ci non : il se déguste, il se savoure.
Stéphane Mariesté a le goût des mots, le goût de la vie, le goût de l’amour.
Et, généreusement, il nous convie au festin.
Ne vous en privez pas, reprenez-en !

Kilis

Mentor a dit…

Commandé, reçu, lu, dévoré plutôt, comme une friandise à 4 heures !
Belle idée Blue et beau commentaire pour un nouvel évrivain à l'avenir prometteur.