jeudi, juin 15, 2006

Michael COLLINS, "Les gardiens de la vérité"

Peste ! Défense d’entrer !

Noir, c’est noir… Et pour certains, il n’y a plus d’espoir. Bill, journaliste, exerce tristement ses talents dans une petite ville perdue de l’Amérique profonde. Cette ville anonyme porte le lourd fardeau de l’échec social. Autrefois riche, prospère, à la pointe de l’industrie automobile entre autres, elle n’est plus que la pathétique image d’un cercle vicieux fait de résignation, d’os à ronger et d’espérances désabusées. La population sans travail a perdu amour-propre, dignité et argent. L’atmosphère est lourde et pitoyable.
Bill, harcelé par ses souvenirs, celui du père suicidé, du grand-père intransigeant et emblématique d’une réussite gagnée à la sueur, celui de l’amante perdue, de la solitude, de l’ironie triste de son existence, se prend à observer ce monde perdu, à vouloir écarquiller les yeux des faux aveugles qui l’entourent, ceux qui voient sans regarder la misère humaine.

Dans cette ville où tout tourne en rond, ou pas tout à fait, un crime est commis. Un homme disparaît, on retrouve son doigt coupé dans la maison qu’il partageait avec son fils, Ronny Lawton. L’odeur du sang avive les foule, l’homme est certainement mort, découpé en morceaux, enterré quelque part… Oui, on le jurerait, c’est Ronny qui l’a tué, on sait qu’ils se haïssaient. On sait que, on dit que, on croit, on fait, on pense, on ment, on trouve…

Et Bill de vouloir se plonger dans ce monde grouillant et fascinant, de tenter d’approcher Ronny, celui contre qui aucune preuve n’existe. D’apprivoiser l’ancienne femme de Ronny, cette blonde paumée habitant dans sa caravane et y laissant son enfant enfermé pendant ses heures de travail, cette fille battue par les hommes et le temps, ce symbole cuisant de la déroute sociale. Ce monde dont il n’est pas issu, Bill s’y vautre avec une perverse délectation.

Le roman s’image souvent, alourdissant sa noirceur par ces visions d’angoisse, d’usines désaffectées, de restaurants où l’événement principal est la nomination de l’employé du mois, ces fast-foods tristes rassasiant les masses, ce petit journal aux trois employés dépassés par la télévision qui se renferment sur leur routine foireuse, ce salon de coiffure pour ménagère en mal de passion, qui préparent des plans « vol de voiture » pour réanimer leurs maris, ces manucures de l’âme, cette petitesse de l’homme face aux champs de maïs à perte de vue… Tout contribue à passer le désespoir au filtre et en tirer toute la sombre lie.

Michael Collins écrit avec une intelligence remarquable, ne s’empêtrant jamais dans la facilité, il décortique, assène ses mots avec une dure compassion. Et j’en suis tout aussi séduite que lors de ma première lecture avec « La Filière Emeraude ». Un grand auteur.

3 commentaires:

eireann yvon a dit…

Bizarrement, c'est le livre que j'ai le moins apprécié de Michael Collins!
Yvon

Virginie a dit…

Hé voui! Voilà pourtant que le le préfère à "La Filière Emeraude", allons comprendre. :o)
Merci pour ta visite, Eireann!

eireann yvon a dit…

Après la lecture de "Les profanateurs" nous en reparlerons.
Yvon